Écrire un éditorial et dire quoi ? Que prendre le palais d’État d’Ambohitsorohitra était pure provocation ? Qu’il y avait des moyens moins assassins que des armes à balles réelles pour réprimer et disperser les manifestants ? Que c’était la faute à untel qui a voulu faire ça ? Qu’untel avait tort de ne pas avoir fait ceci ? Que cette foule affamée avait exprimé sa colère ou que cette masse désinformée n’était que manipulée ?
Le Malgache d’aujourd’hui n’aura pas suffisamment de recul pour désigner les responsables de tout le sang versé ce 7 février 2009 à Ambohitsorohitra. Seize ans après, le Malgache n’arrive même pas encore à trancher sur la responsabilité du 10 août 1991.
Et pourquoi ne pas écrire sur l’ambiance qui a régné samedi au service des urgences de l’hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona ? Ouvrir le débat sur les conditions de travail dans ce genre de service médical en parlant de tous ces blessés soignés dans les couloirs et de ces corps sans vie gisant dans les couloirs de la morgue. Ou évoquer l’émouvant élan de solidarité des Malgaches venus spontanément donner leur sang ou transporter les blessés à Ampefiloha à bout de bras, à cause de l’insuffisance des brancards. Ou encore insister sur le bénévolat des médecins et des paramédicaux qui, même en n’étant pas de garde, ont apporté leur part de soins aux blessés.
Le citoyen lambda a pris ses responsabilités. Et s’il n’est pas venu à l’hôpital, les oreilles collées à la radio, les yeux rivés sur son poste téléviseur, il a pleuré toutes les larmes de son corps ou a crié de toutes les forces de sa colère.
Le politique, lui, rejette la sienne sur son alter ego. Ce n’était pas moi, c’était lui. Et s’il arrive encore des choses, ce ne sera jamais moi, ce sera toujours l’autre. Jamais moi, toujours l’autre.
Une première alerte avait eu lieu après la série de pillages des magasins les 6 et 27 janvier. Les princes qui affirment avoir en main, ou qui veulent prendre en main la destinée du pays, continuent de camper sur leur position. Le jusqu’au-boutisme est leur mot d’ordre : avancer tête baissée et ne jamais céder.
Et puis un deuxième signal a éclaté ce 7 février 2009. Le bilan humain s’alourdit. Les impacts économiques s’aggravent. Faudra-t-il attendre un troisième événement encore plus meurtrier, pour que se confirme l’adage « jamais deux sans trois», avant de reconnaître sa part de responsabilité, et réagir en conséquence ?

Iloniaina Alain
Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4231 du 10-02-2009