Quand la colline d’Andrianamboatsimarofy est complètement conquise au bout de trois batailles ardues, Andrianampoinimerina envoie les Tsimahafotsy, Tsimiamboholahy, Mandiavato et Havanandriana (Nobles, Tandapa et Mainty) occuper les différents points sensibles du territoire d’Antananarivo. Il les choisit parmi les plus valeureux combattants et les appellent ses Aigles, Voromahery. Il leur promet aussi « qu’ils ne perdront pas leurs terres du nord (Avaradrano et Mandiavato) même s’il leur en donne de nouvelles au sud ».
C’est ainsi que le nord du territoire qui comprend Ambatomitsangana, Ambohipotsy, Antsahatsiroa, mais aussi le sud, Fiadanana, Soanierana et Ankadimbahoaka sont à prédominance Tsimahafotsy; Antsampanimahazo, Isotry, Mahamasina et Antanimena beaucoup plus Tsimiamboholahy; Ambatovinaky, Faravohitra et Mananjara plutôt Mandiavato; les Andriamasinavalona à Isoraka, les Tandapa à Amparibe, les Mainty à Ambanidia…
Les Voromahery sont chargés d’exploiter les rizières de la plaine du Betsimitatatra, plus précisément le Vakiniandranolava pour les Tsimahafotsy et Mandiavato, et le Vakinandriamalama pour les Tsimiamboholahy. Sans oublier la plaine comprise entre Manjakaray, Ampandrana et Marohoho à l’est. Avec eux, se mêlent les Havanandriana.
D’autres nouveaux colons s’installent
à Ankadimbahoaka-Tanjombato, Fiadanana et Ambatoroka.
A Fiadanana, les Voromahery Mainty ont pour mission de défendre Antananarivo contre d’éventuelles agressions des Imerinatsimo « rebelles », réfugiés sur la colline d’Ambohijanahary et qui ne manquent pas de les asticoter en les prenant pour cibles.
Auparavant, avant qu’Antananarivo ne tombe, Andrianampoinimerina a posté à Ambatoroka les « descendants des Treize » originaires de Miakadaza. Comme ils se montrent en toute occasion de valeureux guerriers, il les envoie à Ankadimbahoaka-Tanjombato et Fiadanana, comme « pieds pour asseoir la stabilité du royaume ».
En effet, dès que ces deux villages sont occupés, la défense d’Antananarivo est verrouillée. On les dénomme alors
« Manisotra » car ils ont grandement contribué à la « libération de la Forêt verte ».
Plusieurs autres grands noms se distinguent au cours de ces batailles : Andriamambavola qui dirige les assauts à partir d’Anjohy, Raberesaka ou Rainimahay à partir d’Ambatovinaky, Rakotonavalona à partir d’Ambavahadimitafo où il perd une jambe, et Raberanto à partir d’Ambaravarambato. Ce sont, précise-t-on, de grands chefs guerriers.
En outre, quand Antananarivo est complètement conquise, ils font au roi une promesse solennelle : « Vous pouvez dormir tranquille. Ce royaume est à jamais le vôtre ».
Plus tard, les Manisotra de Tanjombato viennent aussi trouver Andrianampoinimerina pour prêter serment d’allégeance par le sacrifice d’un bœuf. Le roi leur conseille de bien garder «le verrou de la porte sud du royaume d’Antananarivo qu’Andriamasinavalona a donné à Andriantsimitoviaminandriana, qu’Andriantsimitoviaminandriana a offert à Andriambelomasina et qu’à la fin Andriambelomasina m’a laissé ».
Il les met aussi en garde contre toute velléité de trahison. Car la caste Manisotra s’est à l’époque fractionnée en deux : d’un côté, les partisans du roi d’Ambohimanga qui se distinguent par leurs exploits guerriers aux cours des trois batailles de la conquête d’Antananarivo ; de l’autre, les « dissidents » restés fidèles à Andrianamboatsimarofy et retranchés à Ambohijoky où ils « éduquent » le fils de celui-ci, et qui ne sont pas moins de grands combattants téméraires.
Andrianampoinimerina élève les Manisotra au rang «d’aînés des Mainty». Il aime aussi les qualifier de « solon-defona tsy folaka », substituts des sagaies que nul ne peut plier, et d’« ampingabe tsy loakan’ny bala », grands boucliers qu’aucune balle ne peut trouer.
Quand les Voromahery des différents territoires partent pour la colonisation du Betsimitatatra, même s’ils ne perdent pas leur territoire ancestral le roi leur demande cependant de transférer leur tombeau pour pouvoir s’assurer qu’ils s’adaptent à leur nouvel habitat. Toutefois cela ne peut se faire, ceux
« restés sur la terre natale » s’y refusant.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4228 du 06-02-2009