A l’origine en 1901, Madagascar a installé un Service d’identité judiciaire, généralement connu sous le nom de service anthropométrique. A ses débuts, ce service applique ce qu’on appelle les « méthodes de Bertillon» ou bertillonnage que complète cette même année un simple système de classement dactyloscopique dû à l’inspecteur de police Brasnu. Outre la capitale, des sections sont aussi créées dans les cinq autres chefs-lieux de province, toutes dotées dès leur début du même matériel de mesures anthropométriques.
Mais en 1942, on constate l’insuffisance de ce système en raison du nombre sans cesse croissant des personnes identifiées C’est alors que le commissaire de police Minjoz imagine un système plus complet, calculé en fonction de la densité « relativement» faible de la population malgache.
Quand l’indépendance est recouvrée, « le nombre d’individus identifiés atteint 450 000, ce qui est considérable par rapport au chiffre de la population malgache (environ 5 millions d’âmes) et il est en constante augmentation», précise un chroniqueur des années 60. Cependant, il ne faut pas conclure que la criminalité et la délinquance atteignent cette proportion. La cause est tout autre.
L’identification dactyloscopique est pratiquée à Madagascar sur une large échelle, car elle permet un contrôle efficace très utile des migrations intérieures de la population. Elle sert aussi à atténuer les problèmes de la population dus à l’importance numérique des homonymes en matière de nom patronymique et des changements fréquents d’état civil. Le système est parfaitement accepté par tous et fonctionne avec régularité et précision.
« Dans sa conception comme dans son application, il se situe sur une position d’avant – garde par rapport aux méthodes employées par les autres nations, puisque l’idéal serait d’arriver à une identification générale des populations du globe ».
Pour renforcer ce service dactyloscopique déjà « très complet, dont la République malgache peut à bon droit s’enorgueillir », un laboratoire de police est créé et inauguré le 6 juillet 1960 par le ministre de l’Intérieur André Resampa.
« Cette innovation s’imposait. L’évolution sociale va de pair avec la progression de la criminalité et la délinquance; l’un est pour ainsi dire le corollaire de l’autre et cet axiome est vrai pour toutes les nations ». D’autant qu’auparavant, les expertises de toute nature en matière de « criminalistique » sont pour la plupart envoyées en France. Ce qui engendre de longs délais d’attente qui gênent l’action de la justice, sans compter les frais généralement importants que cela occasionne.
Au surplus, la création de ce laboratoire de police d’Antananarivo dirigé par un officier principal français assisté d’un inspecteur principal malgache, devra permettre de résoudre de nombreux problèmes de criminalistique. Ses moyens techniques, modestes au départ, devront aller en s’améliorant et progressivement, « cette institution prendra sa place aux côtés de ses homologues des autres nations ».
En outre, cet outil incontestable de travail devra aussi servir d’instrument d’école. « Un jour qui n’est peut-être pas éloigné, verra se fonder à Tananarive une école de police, peut-être même un institut de police puisque aussi bien il est question d’y créer une université. Le laboratoire de police permettra alors de donner aux élèves un enseignement de base sur la criminalistique, pièce maîtresse des connaissances professionnelles du policier moderne ».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4223 du 31-01-2009