Dans la Chronique d’hier, je disais : « Pour l’heure, il nous faut dégager un socle de valeurs minimales communes. Ce socle servira à l’avenir pour organiser une alternance sereine et une passation courtoise des pouvoirs. Il tracera les limites à ne pas outrepasser par les gouvernants, organisant des contre-pouvoirs eux-mêmes responsables et mettant en place un système qui inculque à la population une culture politique qui permette le va-et-vient indispensable au processus démocratique ».
Ce socle de valeurs pourrait bien porter le nom générique de Fihavanana. Dans leur préambule, toutes les constitutions malgaches depuis 1959 reprennent globalement les mêmes idées. Le concept de Fihavanana est invoqué régulièrement, mais il faut s’atteler à lui donner un contenu pratique : Tanindrazana (nationalisme), Firaisam-pirenena (unité nationale), Andriamanitra Andriananahary (principe créateur), Fiaraha-monina (solidarité sociale), Teny ierana (dialogue), Marimaritra iraisana (consensus). En Indonésie, depuis 1945, un consensus s’était fait autour des cinq principes du « Pancasila » (la foi en un dieu, le nationalisme, la justice sociale, un gouvernement représentatif de la souveraineté du peuple, l’humanisme) autour desquels s’articulent les différentes propositions et les clivages idéologiques.
L’appareil qui organise ce Fihavanana est le Fanjakana (État tutélaire). Rien n’est pire que l’absence de Fanjakana car cette vacuité ouvre la voie à l’anarchie de type somalien. Il est d’ailleurs symptomatique que ce soit la population qui, confusément, réclamait l’instauration d’un couvre-feu pour entamer un retour à l’ordre après les pillages et les actes de vandalisme de lundi. C’est le même sentiment, dans le silence des autorités légales, qui fit espérer un Directoire militaire.
L’Armée constitue un ultime recours dont l’ingérence s’explique par la démission ou le discrédit des autorités civiles. Depuis 1960, les généraux malgaches ont montré plus de sens des responsabilités que la classe politique bien que la politisation y ait introduit le virus de la course aux portefeuilles et maroquins. S’il faut laisser l’Armée malgache opérer son introspection, par contre la classe politique doit veiller à la préserver de la zizanie qui faillit dégénérer en 2002. Le crédit moral de l’Armée lui est accordé quand elle se présente en corps uni, fonctionnant selon ses principes de la hiérarchie, de la discipline et de l’obéissance.
Notre contexte historique a vu l’émergence pérenne des églises chrétiennes actuellement organisées au sein d’un Conseil Oecuménique (FFKM). Impliquées dans chaque période d’effervescence depuis 1972, les églises offrent une autre structure d’encadrement qu’il est irréaliste de nier. Le message de paix et de fraternité, qui est naturellement celui des églises, et l’incompatibilité de leur sacerdoce avec la tentation du pouvoir les désignent à la bienveillance d’une société qui les considère globalement « neutres ».
Socle de principes avec le Fihavanana, socle d’organisation avec le Fanjakana, socle d’encadrement avec l’Armée et les Églises : la toile des divers réseaux doit préserver le premier, consacrer le second et s’organiser autour des deux derniers piliers, pour ramener la paix civile et la maintenir durablement.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4223 du 31-01-2009