Alors que la conquête du territoire malgache menée contre les fahavalo, terme utilisé pour désigner les Menalamba qui luttent pour recouvrer la souveraineté nationale, n’aboutit pas encore, les troupes françaises doivent vaincre d’autres ennemis, surtout à l’Ouest et dans le Sud. Selon la «méthode Gallieni».
Sur la côte occidentale, les terrains de prédilection des bandits de grand chemin, les dahalo, s’étendent sur un vaste quadrilatère. Cela recouvre en fait le IVe territoire militaire qui est chargé de la bonne moitié nord de l’immense pays sakalava. C’est aussi une région névralgique où s’agitent des peuplades qui, depuis des siècles, ne vivent que de brigandages. Ils sévissent sur une vaste étendue qui englobe les grandes vallées de la Mahavavy et de l’Andranomavo, fleuves qui se jettent à l’ouest de la capitale du Boeny. Ces vallées très riches sont restées improductives.
La campagne en pays sakalava se déroule d’avril à septembre 1898 et les brigands ne sont pas comme les Menalamba, réfractaires à la domination coloniale. Ils sont beaucoup plus opposés «à la fin d’un genre de vie qui était la leur depuis des siècles, celui des voleurs de bœufs, des pillards de caravane, de stérilisateurs du pays qu’ils occupaient».
Cependant, l’installation de postes de sécurisation devait permettre non seulement aux gens paisibles de se grouper, mais aussi de contenir les turbulents qui seront par la force des choses amenés très vite à se transformer en cultivateurs. En théorie.
La «méthode Gallieni» prévoit, entre autres, la démolition spontanée par les habitants des remparts antiques qui entourent leurs villages; en outre, ils combleront les fossés circulaires dont ils n’ont plus besoin puisque «plus d’incursions de pillards sakalava, plus de voleurs».
Dans le Sud, les actions de pacification et de pénétration se déroulent en accordant une importance plus grande que partout ailleurs au facteur ethnographique: Betsileo, Tanala, Antemoro, Antesaka, Antefasy, Antanosy, Mahafaly, Bara ne sont pas des «unités interchangeables». Ainsi «le placement temporaire sous une autorité unique de ces différentes régions permettra seule d’aboutir à la constitution de groupements de population par races et par familles. C’est la base d’une division ultérieure du pays en provinces civiles logiquement et définitivement organisées, et d’obtenir la pacification complète de ces régions et leur ouverture à la colonisation et au commerce».
En pratique, il s’agit de combattre tous les groupements hostiles de nationalistes et de brigands. Les plus réfractaires s’échelonnent dans la zone forestière et montagneuse parallèle à la côte Sud. Du nord au sud, ce sont d’abord les Tanala de l’Ikongo occupant l’est d’Ivohibe, dans le cercle militaire bara mais débordant sur la province de Fianarantsoa. Ensuite les Tambavala sur les deux rives de l’Iantara, à cheval sur la province de Farafangana et le cercle des Bara. Enfin les Andrabe et les Ranofotsy (vallée de l’Itomampy) à cheval sur les cercles des Bara de Tolagnaro et sur la province de Farafangana. À ces dissidents s’en ajoutent d’autres qu’il faut aussi tenir en respect : divers groupes de l’Androy au sud, chez les Mahafaly à l’ouest et de nombreuses bandes de Bara «toujours turbulentes et inquiétantes».
Les effectifs militaires sont fort maigres, la contrée un chaos de montagnes et de gorges boisées, la pluie presque continuelle, l’ennemi audacieux et obstiné. On n’en vient à bout que par des séries de campagnes très dures, d’autant plus dures que la résistance s’organise aussi et met à mal les assaillants.
Expliquant la méthode appliquée, Hubert Lyautey détaille les différentes péripéties du nettoyage qui a duré du 10 avril au 10 mai 1901 : «Ç’a été une conquête pied à pied, aidée par le canon de montagne. On s’est battu presque chaque jour et quatre de ces forts ont dû être enlevés d’assaut, les palissades escaladées, les portes enfoncées sous le feu à bout portant, les officiers en tête enlevant leurs troupes…» L’objectif est finalement atteint. «La forêt qui servait depuis trois ans de repaire et de refuge est déménagée, et c’est nous qui y sommes à la place des rebelles».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4216 du 23-01-2009