Conjoncture. Madagascar est sur le chemin de la croissance mais énormément d’efforts restent à fournir pour une vie meilleure pour chaque citoyen.

Positif. Le diagnostic économique établi par la Banque Mondiale concernant Madagascar l’est. « L’économie malgache va mieux. Depuis la résolution de la crise politique survenue en 2002, le taux de croissance économique s’est établi à 5% par an avec le maintien des équilibres budgétaires et monétaires » lit-on notamment dans le Country Economic Memorandum (CEM) publié récemment par la Banque Mondiale et qui retrace l’évolution et les perspectives de Madagascar. Le même document de préciser toutefois que « cette performance économique encourageante demeure fragile »

 Politique active. Ce constat de la Banque Mondiale suscite à la fois espoir et crainte. Espoir dans la mesure où visiblement les mesures de redressement prises ces dernières années commencent à porter des résultats positifs et démontrent que le régime a fait preuve d’efficacité dans la gestion de l’économie. La preuve, Madagascar a fait mieux que les autres pays de l’Afrique Subsaharienne. « La performance économique de Madagascar a été encourageante au cours de ces dernières années, puisque le taux de croissance a dépassé celui de l’Afrique Subsaharienne, qui, elle-même a vécu une période de croissance satisfaisante »  note le Country Economic Memorandum qui attribue notamment cette performance à une politique active du gouvernement : « Déjà, les autorités malgaches ne sont pas restées inactives. D’une part , elles ont mené une politique budgétaire active et expansive, soutenue en grande partie par les partenaires au développement, et qui vise à mettre en place les bases solides d’une croissance structurante à travers le financement des projets d’infrastructure en capital physique et humain. D’autre part, elles ont lancé un certain nombre de grands chantiers qui visent à promouvoir l’exploitation des ressources naturelles et à favoriser les échanges commerciaux avec le monde extérieur ». En somme, la croissance malgache est en marche, mais elle reste fragile.

 Cause politique. Une fragilité qui, selon le CEM s’illustre à travers la volatilité de la croissance économique au cours de la dernière décennie. Une volatilité dont la première cause est politique : « la volatilité de la performance économique malgache est généralement expliquée par la fragilité de l’environnement politique » estime ce document de la Banque Mondiale  qui fait notamment référence à la crise de 2002. « La crise politique en 2002, a non seulement entraîné une chute de près de 10% du PIB, mais la permanence d’effets pervers expliquant le fait que le revenu par habitant est revenu à son niveau de 2001 seulement aujourd’hui ». Beaucoup de pertes en somme à cause de cette crise politique. Mais il n’y a pas que la politique qui explique cette croissance fragile. « Le deuxième facteur explicatif est lié à la prépondérance du secteur primaire   et sa vulnérabilité aux nombreux chocs climatiques dans la région, en particulier, les cyclones qui dévastent une partie du pays presque chaque année ». Enfin, « la volatilité de la croissance économique de Madagascar provient de sa forte dépendance aux capitaux étrangers, qui, non seulement ont tendance à fluctuer au cours du temps, mais n’ont permis encore de financer qu’un nombre limité d’activités économiques dans le pays.

 Invités à dialoguer. Bref, un long chemin reste à parcourir pour mettre le pays vraiment sur les rails de la croissance soutenue. Et le pays n’a plus droit à l’erreur pour rattraper le temps perdu. Car même avec la croissance actuelle de 5 à 6% par an, il faudrait encore attendre 23 ans pour que Madagascar atteigne un revenu par habitant de 1 000 dollars, soit le niveau actuel du Nicaragua et du Cameroun. Les deux camps politiques qui s’entredéchirent actuellement sont avertis et sont invités à dialoguer. Car une autre crise semblable à celle de 2002 fera encore reculer le pays et il faudrait alors peut être encore 50 ans et même plus, pour atteindre cette performance moyenne de 1 000 dollars par habitant.  Seigneur faites que cela ne soit pas ainsi.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N° : 7736 du 19 janvier 2009