"Non loin d’Antsahadinta, se trouve Ambohitrontsy, petit village de quelques cases presque inconnu aujourd’hui, mais qui eut son importance anciennement». C’est ainsi que Urbain-Faurec et Georges Lavau décrivent en 1935 cette localité. C’est là qu’est né Andriambelomasina, petit-fils d’Andriamasinavalona et grand-père d’Andrianampoinimerina. Ce dernier a beaucoup vénéré ce village où il fait élever une pierre sacrée, construire une résidence et installer de grands parcs à bœufs.
Le Royaume hova du Père Malzac apprend par suite de quelles considérations Andriambelomasina est choisi entre tous ses frères comme successeur de son grand-père.
Andriamasinavalona envoie, raconte-t-on, des émissaires à ses enfants. «Emportez une orange, de la viande, du miel, du riz mélangé à du miel et une canne. Remarquez bien sur quel objet se fixera le goût de chaque enfant. Celui qui prendra la canne et ne se disputera pas avec les autres pour la nourriture, vous devez me le signaler».
C’est Andriambelomasina. Et son grand-père déclare alors : «C’est lui qui devra me succéder. C’est un homme voué au commandement, qui se tient debout pour diriger mais ne se courbe pas pour servir».
Toutefois, pour en être vraiment sûr, il le soumet à une autre épreuve en allant l’examiner tandis qu’il dort avec ses frères.
«Celui qui en dormant met sa tête plus haut que les autres, a une bonne destinée et doit commander». C’est encore Andriambelomasina qui triomphe. Plus tard, son descendant Andrianampoinimerina a agi de même pour savoir qui, parmi ses enfants, montera sur le trône.
Andriambelomasina accède au pouvoir d’Avaradrano (Ambohimanga) vers 1730. De nombreux écrivains le décrivent comme un roi juste et bon, animé de hautes ambitions. En montant sur le trône, ne s’est-il pas écrié : «C’est moi que Dieu a choisi pour régner sur Avaradrano. Mais à la fin, j’aurai rassemblé sous mon sceptre tout l’Imerina laissé par mon grand-père Andriamasinavalona». En réalité ce n’est qu’un vœu puisque la gloire de rétablir l’unité dans l’Imerina reviendra à son petit-fils Imboasalama.
Andriambelomasina a 10 enfants de sa femme Rasoherimananitany, dont l’aîné des garçons est Andrianjafinandriamanitra et la première des filles, Ravanalonandriambelomasina, la mère d’Imboasalama. De son vivant, il se préoccupe de nommer ses successeurs sur le trône d’Ambohimanga, dans un ordre déterminé : d’abord son fils aîné Andrianjafy, seigneur d’Ilafy ; puis à la mort de celui-ci, son petit-fils montera sur le trône. C’est pour avoir tenté de changer ces volontés de son père qu’Andrianjafy est détrôné par les loholona d’Ambohimanga qui mettent tout de suite à sa place Imboasalama.
Nombreux sont les aspects des relations d’Andriambelomasina avec son petit-fils, relations qui le mettent à même d’apprécier le caractère et la valeur du jeune prince. Un jour, alors qu’il se fait vieux, Andriambelomasina rassemble autour de lui ses fils et petits-fils et offre à leur choix divers objets: bijoux, oranges, étoffes aux couleurs vives, petite corbeille de terre. Tandis que tous se précipitent sur ce qu’ils estiment de valeur ou d’intérêt immédiat, Imboasalama lui opte pour le petit panier plein de terre. Le vieux souverain en est frappé et s’écrie : «À lui la terre et le royaume !»
Andriambelomasina meurt vers 1770, vénéré de tout Avaradrano et remplacé par Andrianjafy. Contrairement à son père, celui-ci s’avère très autoritaire et injuste et, sans doute dominé par son épouse de mauvais conseils, Ranavalondrazaka, il se met en tête d’aller à l’encontre des dernières volontés de son père en voulant donner la succession du trône à son fils unique Ilaitokanimerina, l‘unique de l’Imerina.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4204 du 09-01-2009