42 ménages de Bemako,Marovoay ont été sélectionnés pour une enquête qui avait pour objet d’obtenir des informations détaillées et qualitatives sur l’évolution du niveau de vie des individus et sur les chocs et évènements pouvant influer la dynamique du revenu. L’étude a permis de faire publier quelques résultats prouvant que les impacts des chocs économiques et démographiques caractérisent cette dynamique.

Les problèmes de la riziculture

Les questions économiques, notamment les difficultés liées à la riziculture, elles sont de deux ordres. Il y a d’abord les difficultés liées à la gestion de l’eau dans les rizières. Bepako est situé dans la plaine rizicole de Marovoay, dans laquelle est pratiquée la culture du riz aquatique qui requiert un système d’irrigation. Ainsi près de 21% des enquêtés ont expliqué que leur rizière est mal ou pas irriguée en raison de l’ensablement de canal qui ne peut plus assurer sa fonction de distribution de l’eau, ou des arrêts de la pompe suite au manque de carburant (financé par les cotisations des usagers qui sont parfois insuffisantes). Le ménage peut donc posséder une rizière ou l’avoir en métayage, mais celle-ci ne donne pas ou peu de riz sur certaines campagnes. Au cours de ces conjonctures, la principale source de revenu de ces ménages disparaît donc, et ils sont contraints de trouver d’autres activités pour subvenir à leurs besoins essentiels. Il existe une forte inégalité de fait entre les ménages possédant une rizière ayant des problèmes d’eau, qui s’appauvrissent, et ceux ayant une rizière dans une zone de la plaine naturellement bien irriguée. Dans les causes de dégradation du revenu citées par les ménages, la diminution du rendement et les difficultés liées à l’eau ont le même rang. Certains accusent le manque d’intrants, d’autres le manque de matériels agricoles. Les paysans n’ont parfois pas de charrue, ni de herse ou de bœufs, et encore moins de tracteur, alors que la préparation de la terre est une des étapes fondamentales de la riziculture dans la plaine rizicole de Marovoay afin d’assurer un rendement satisfaisant. Ils n’ont souvent pas les moyens de financer les travaux des champs ou de louer le matériel agricole au début de la campagne agricole.

Le manque de préparation de la terre, l’épuisement du sol ainsi que le passage à la double riziculture diminuent le rendement. En troisième position dans les chocs économiques arrive l’inflation. Les ménages évoquent la hausse du prix des PPN (produits de première nécessité) et le faible prix du paddy qui est leur source de revenu. Les autres chocs économiques évoqués à plusieurs reprises sont le manque de terres à acheter ou à louer, les difficultés d’accès au crédit et le recours à l’usure (taux d’intérêt de 100%) pour le financement de la campagne agricole, le cyclone Gafilo qui a détruit plusieurs maisons, ou encore les problèmes juridiques et les vols.

Diversification des activités et vente du capital productif La diversification des activités constitue une stratégie de gestion des chocs négatifs privilégiée par les ménages. Ils citent le salariat agricole, qui leur permet de générer un revenu supplémentaire, dans 42% des cas. Mais il s’agit parfois non pas d’une réelle stratégie de gestion d’un choc subi, mais de l’unique source de revenu pour certains ménages dépourvus de capital productif. Lorsque la rizière ne produit pas assez ou plus de riz, ils adoptent d’autres activités, telles que le petit commerce, la culture des brèdes ou de la canne à sucre pour la fabrication du rhum artisanal, ou la pêche. Beaucoup de ménages citent la vente de bœufs ou de volailles pour faire face à des problèmes financiers, respectivement 42% et 26% d’entre eux. L’élevage constitue une forme d’épargne pour ces ménages, qui auto-consomment assez peu les produits animaux. La désépargne consécutive à la vente d’animaux peut devenir problématique si le ménage est amené à se séparer de tous ses bœufs alors qu’ils étaient nécessaires pour les travaux de préparation des champs. On a alors une dilapidation du capital productif ce qui a un impact négatif à plus long terme, le ménage étant contraint de louer des bœufs ou d’abandonner cette technique culturale. On assiste alors à une détérioration du rendement et à un nouveau choc négatif. L’élevage de volailles constitue une sorte d’épargne facile d’accès et rapidement reconstituable et qui permet de faire face à certains problèmes financiers car il s’agit d’élevage à cycle court : les volailles se multiplient très rapidement. Un autre cas, plus grave, de perte du capital productif en cas de choc, est celui de la vente de rizières ou de leur mise en location ou en métayage (18% des ménages pour les deux cas). La rizière est souvent vendue pour financer l’exhumation et le transport des dépouilles dans la région d’origine. Un ménage sans terre est pourtant beaucoup plus vulnérable : il doit louer ou prendre en métayage une rizière ou devenir salarié agricole, et il dépend alors en grande partie des décisions des propriétaires terriens. D’après les déclarations, il est de plus en plus difficile de trouver des terres ou du travail, les propriétaires privilégiant leur propre famille. La mise en location des rizières a également un impact de long terme, puisqu’il s’agit de contrats de location sur plusieurs années, parfois sur 10 ans.

Les 26% des ménages enquêtés qui ont déclaré avoir recours à l’emprunt lorsqu’ils ont des problèmes financiers. Il ne leur est pas toujours possible d’emprunter auprès d’institutions officielles, de microcrédit par exemple, et ils empruntent souvent auprès des usuriers, avec un taux d’intérêt de 100%. Près de 26% des enquêtés déclarent également bénéficier de l’aide de la famille, des voisins, de dons de la communauté, de transferts de leur enfants ou de leur aide dans les travaux des champs.

Extrait Madagascar Tribune – mercredi 7 janvier 2009