En admirant d’anciennes photos grand format, datant de la première moitié du siècle dernier, on est vite charmé autant par les belles représentations en noir et blanc que par les légendes qui les accompagnent, très explicatives quant au vécu quotidien des populations.
Quelques exemples à commencer par l’ancienne province d’Antsiranana.
«L’homme du Nord» ici à Madagascar est, à l’inverse de l’Europe, celui qui a le plus chaud, à 12° seulement de l’Equateur. La simplicité de son costume n’a rien d’étonnant. Il vit comme beaucoup d’autres littoraux sous un toit de palme, dans une case de lattis de bambous. Le vent qui souvent souffle fort, y filtre de partout, rafraîchissant.
Comme le piment relève le riz, les grands lamba bariolés donnent aux «Femmes du Nord» un pittoresque qui charme l’étranger. Elles forment sous les couverts de palmiers, des groupes colorés et bruyants qui animent ces terres lourdes de chaleur.
Nulle part, «la mer» n’est plus belle que dans cette province de Diego où l’eau joue à cache-cache avec les terres. Les pirates d’autrefois y trouvèrent des nids propices. Aujourd’hui, seules les pirogues hantent les criques, assurées de trouver toujours un atterrissage facile sur du sable chaud où le navigateur allume le feu du repas. Le poisson est là, à portée de ligne, et sur le rivage les mangues ou les noix de coco. «Heureux celui qui connaît son bonheur !»
Le vent souffle, la mer est forte pour qu’on s’y aventure : «les pirogues ont été tirées» jusqu’au tapis de lianes qui mord le sable. Abrités derrière «leurs frêles écrans de bambous», hommes et femmes vaquent aux petits travaux ménagers : réparation du filet, préparation du repas, ouverture des noix de coco… Autour d’eux, la marmaille gesticule. Les soucis sont étroits comme une plage où déferle l’océan de l’insouciance. «À chaque jour suffit sa joie».
Pour qui «cette musique dans des trompettes» qui rappellent celles des lamas du Tibet ? Naissance ? Mariage ? Deuil ? En tout cas, elle n’est pas pour «cette jeune fille qui puise une eau» probablement saumâtre au petit puits villageois. Infiniment plus doux aux lèvres, le jus de «ces mangues» incomparables, tachetées de mauves et d’oranges, que fournissent avec une ombre drue ces beaux arbres ronds qui sont les pommiers des vergers tropicaux.
Passons du côté de Fianarantsoa. «Cette fillette betsileo» est le premier visage et le plus charmant de la province, «prémices du riz» et d’une race laborieuse à laquelle on doit «ces escaliers d’eau» qui montent jusqu’au ciel. Une terre ainsi travaillée est toute en festons et le paysage devient une œuvre d’art. Qui leur a enseigné ces méthodes de culture qu’on retrouve identique aux Célèbes et aux Philippines ? Quel sang parle en eux ? Le fait est là et il suffit à caractériser cette ancienne province.
«Autre visage dont le disque blanc» était autrefois signé d’audace, époque brutale révolue dont le Bara garde les stigmates. Il chante à pleine voix, en s’accompagnant de la cithare de bambou fendu, un péan qui n’a plus rien de guerrier. Mais il chante toujours «ses troupeaux», sa fortune, son plaisir de vivre, son orgueil. Entré lui aussi dans la civilisation moderne, il s’y adapte avec toutes ses mâles vertus. Il se jettera dans la paix comme il s’est jeté autrefois dans les mêlées. Conscient de sa personnalité, nul n’est plus attaché à son genre de vie.
On l’admire, mais il admire «cette jeune femme des grands espaces». Pour les hommes, elle s’est coiffée avec la patience d’un orfèvre. Ces ornements, elle ne les a ni loués ni achetés ; ils sont d’elle et tirent leur valeur de la simplicité.
Pour les hommes elle s’est coiffée, mais les hommes pour le moment préfèrent «la lutte» à l’amour.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4198 du 02-01-2009