Superstitieuse, autoritaire, cruelle, inflexible, xénophobe exacerbée. C’est ainsi que ses contemporains dépeignent Ranavalona 1ère, épouse et successeur de Radama 1er. Elle devra régner pendant un tiers de siècle (1828-1861).
En réalité, au début de son règne, bien au contraire elle est très appréciée de ses sujets qui enfin peuvent vivre dans une atmosphère de calme et de sérénité, loin des troubles continuels et des travaux incessants qui marquent le règne des deux précédents rois. Elle veille au maintien des écoles et à leur développement, favorise l’éclosion du goût musical chez ses sujets. Elle-même donne l’exemple pour agrémenter sa cour en subventionnant deux illustres femmes chargées de former les Mpiantsa, chanteuses royales. Ainsi fêtes, réunions de famille, évènements heureux ou tristes sont-ils autant d’occasions de chanter. Et d’ailleurs Antananarivo doit beaucoup à la reine et à Jean Laborde, son conseiller et agent dans le domaine de Mantasoa riche d’activités et de résultats. «Car ce serait une erreur de croire que Ranavalona condamne sans restriction tout ce qui est européen».
Mais bientôt à certains symptômes, elle constate que son autorité risque d’être ébranlée et que l’ingérence des Européens finira par mettre un terme à l’indépendance de Madagascar. Elle réagit avec violence sous la pression, selon les historiens, des conservateurs et traditionalistes : les Premiers ministres qui se sont succédé durant son règne, à savoir Rainiharo, puis le jeune et bel Andriamihaja, et de nouveau Rainiharo et Rainijohary, commandants en chef de l’armée ; les devins et les sorciers inquiets des progrès de la civilisation et du christianisme.
Parmi ces symptômes qu’elle note, un début de révolution dont elle soupçonne les Anglais d’être les auteurs. Elle déchire les traités passés avec l’Angleterre depuis 1817 et reprend de plus belle le commerce des esclaves grâce aux débouchés offerts par les marchés de l’Inde, de l’Amérique et des Mascareignes. En outre, le 11 octobre 1829, le capitaine de vaisseau Gourbeyre désigné par la France prend Tintingue et bombarde Toamasina «pour venger l’affront qu’elle estimait lui avoir été fait sous Radama». Les troupes françaises sont cependant contraintes de battre en retraite devant l’armée hova. Et c’est l’escalade.
En 1832, elle interdit aux enfants esclaves de fréquenter les écoles car certains font déjà preuve d’insoumission et prétendent échapper à leur condition servile. En 1834, elle entend limiter aux seules écoles contrôlées par le gouvernement l’enseignement de la lecture et de l’écriture afin de proscrire «la diffusion de la morale chrétienne pernicieuse aux traditions malgaches». 1835: le Kabary du 1er mars interdit à tous ses sujets de collaborer de quelque manière avec les missionnaires. N’ayant plus de raison d’être, un à un ceux-ci s’en vont.
C’est le signal du début des persécutions contre les chrétiens qui s’organisent en «sectes indigènes dont les membres frondent le pouvoir royal. La Société des priants qui prêche le modernisme est la plus connue. Beaucoup d’entre eux ignorent tout du Christ, mais tout comme cela s’est passé à Rome, c’est au nom du Christ qu’on s’insurge. Les castes inférieures et les mécontents forment la clientèle des rebelles chrétiens» (Revue de Madagascar 1952, Spécial Tananarive).
À leur tour, les Européens restés dans la capitale sont aussi atteints par les mesures royales «car ils ne peuvent pas ne pas être compromis dans la rébellion qui couve». Le 13 mai 1845, une loi spéciale est édictée par la reine aux termes de laquelle traitants et commerçants sont mis en demeure de quitter l’Île ou d’être assujettis aux corvées royales, à tous les travaux et même à l’épreuve du tanguin.
Les Européens chassés, la Reine et Rainiharo se lancent dans la répression : pendant près de 10 ans, 200 000 exécutions capitales auraient eu lieu. Avec la mort du Premier ministre en 1852, une période plus libérale semble s’ouvrir. Mais un complot se noue pour porter le prince Rakoto au pouvoir : la reine chasse alors les rares Européens encore présents, dont les cerveaux de la conspiration Jean Laborde et Lambert. En 1858, le régime de terreur reprend de plus belle, jusqu’à la mort de la reine en 1861.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4188 du 19-12-2008