Il existe une volonté commune de mettre en exergue les cultures traditionnelles malgaches. Mais, les divergences persistent, au niveau de la conception, entre les défenseurs de ces valeurs.

Trois « Alahamady » et trois conceptions différentes. Il manque toujours l’unanimité pour la célébration du Nouvel an traditionnel lequel a retrouvé son lustre ces dernières années.
En effet, la célébration de l’Alahamady au cours de ces deux dernières semaines dans deux berceaux de la tradition merina a, une fois encore, révélé la divergence de point de vue chez les défenseurs de l’héritage ancestral.
Rien qu’au sein de la même « dynastie » des Zanadravalona d’Anosimanjaka, une caste très fidèle à cette tradition depuis toujours, l’Alahamady a été célébré à deux reprises, au même lieu, par deux groupes aux deux visions antagonistes, voire hostiles. Les rites se sont tous déroulés autour de l’enceinte du tombeau de Nenibe Ranavalotsimitoviaminandriana, le premier Alahamady a été célébré du 27 au 29 septembre, et l’autre, le 1er au 3 septembre.
Pour le premier groupe, faisant partie du bureau actuel de l’Association des Zanadravalona, la raison en est bien simple et simpliste. « Ce n’est pas la date qui importe, mais le fait de valoriser la culture traditionnelle », soutient Solofo Rafiringa, président de ladite association.
Un argument fortement contesté par l’ancien président Clark Rakoto et ses partisans. «Ils ont littéralement bafoué la tradition », déplorent ces derniers.
Pour ce deuxième groupe, la célébration a bénéficié d’un soutien assez scientifique de l’astrologue Jobily Rakotoson.
Celui-ci affirme: « Selon le calendrier lunaire que nous avons hérité des Arabes, l’Alahamady coincide toujours avec la fin du Ramadan islamique. Cette année, les trois dates principales de l’Alahamady, entendre par là la nouvelle lune du mois Alahamady, sont le 30 septembre, le 1er et 2 octobre ». Ainsi, selon la logique de cette étude, l’astrologue a conclu que le jour sacré, le jour Alahamady tombe le 1er octobre.
Tolérance
Quant aux héritiers du trône d’Ambohimanga qui, eux-aussi, ont célébré l’Alahamady, le lundi 29 septembre, aucune de ces deux bases ne semblent les influencer.
« Octobre se trouve sous le signe de l’Alahamady. Ainsi, tout le monde peut toujours le célébrer durant tout ce mois », argumente Ndriana Rabarioelina, secrétaire général du Regroupement des nobles malgaches (Tamima). Plus que jamais adepte d’une tolérance vis-à-vis des détails, il insiste: « le plus important actuellement, c’est que les Malgaches tiennent à redonner une essence majeure à des valeurs traditionnelles démolies par les colonisateurs ».
Toutefois, il reste quelque chose de positif autour de la célébration des Alahamady 2008. Car malgré les divergences d’opinion, les différents antagonistes se sont témoignés mutuellement du soutien les uns envers les autres.
Au cours des différentes célébrations, la présence des « leaders de tendance a été remarquée ». A Anosimanjaka, l’actuel président des Zanadranavalona, Louis Rafiringa, a assisté aux cérémonies organisées par l’ancien président Clark Rakoto.
On a noté également la présence de Pierre Ralitera, président du Regroupement des nobles malgaches, et ainsi que celles des chefs traditionnels de l’Ile, tels le roi Tsiaringoty de Bengy Menabe, le prince betsimisaraka Dadilahy Jaomara, la princesse Francia Kamamy du Menabe, le prince bezanozano Louis de Gonzague Rakotomalala, etc. Rien n’est donc arrangé, mais tout peut être unifié.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4125 du 06-10-2008