Le commerce des produits halieutiques, dont le thon, permet à la population d’Antsiranana de vivre décemment. Cet avantage se double d’ apports protéiques non négligeables.
Il est 18 heures à Antsiranana. C’est le crépuscule, pourtant devant le local des douanes à l’entrée du port, du monde grouille. Des jeunes adolescents tirant des charrettes, des femmes drapées de leurs « lambahoany » prêtes à tout affrontement, tenant des sacs en plastique et munies de cuvettes placées tout à côté de chacune d’elles, enfin des hommes sûrs de leurs forces physiques, quoique un peu tendus dans l’attente : voilà le tableau de gens de tout bord en quête du « be hariva » brossé.
D’un coup, trois hommes apparaissent ployant sous des masses noires gluantes sur les épaules. Soudain une femme crie : « Ils arrivent ». Tout le monde se rue vers ces dockers.
Les « angôtra », les sardines du large, les thons rayés, les caméléons et les faux thons rivalisent avec les albacores blessés. Ils subiront le même sort : être écoulés à Bazary kely où les vendeurs amadouent leurs clients impatients pressés de rentrer chez eux après une rude journée. D’autant plus que c’est le seul moment pendant lequel les poissonniers transigent sur les prix.
Le lendemain, au marché local, le prix des poissons a doublé, mais il laisse toujours la possibilité à toutes les bourses de faire la « fête » aux thons. De fait, la pièce va de 1 000 ariary à 6 000 ariary selon sa taille.
Le poisson se vend bien, au détriment de la viande de boeuf qui coûte Ar 5000 le kilo actuellement. Les bouchers se sentent vraiment lésés dès que ces fameux poissons débarquent des thoniers.
Un docker fournit 30 kg de poisson par jour, alors : pas de dockers, pas de poisson-rebut. Ces journaliers embauchés lors de la présence des bateaux thoniers au port, avec l’autorisation des responsables des cuves, s’octroient le privilège de ramasser le maximum de poissons non commercialisés et ce gratuitement. De là, naît la belle histoire des poissons « mal aimés ».
Rebut valorisé
Ce sont des poissons de rejet non commercialisables, soit parce que ce sont des thons blessés, soit ce sont d’une autre espèce. Leur vente crée même un phénomène social dans la région Diana.
Ils sont vendus frais ou séchés. « Je raffole du thon fumé et je ne rate jamais d’en rapporter pour ma famille », raconte Lanto, une Tananarivienne de passage à Antsiranana.
Les gens de Diégo surnomment ces poissons-rebuts « sauvez-moi ». Effectivement, autant le thon, l’or salé du Nord, rapporte annuellement des centaines de millions de dollars à Madagascar, autant il fait vivre des milliers de Malgaches à Antsiranana.
Son prix à la portée des plus petites bourses, sa chair très prisée, et sa valeur nutritive, assurent son succès auprès de la population.
Au cours de ces cinq dernières années, la commercialisation du thon est devenue une activité d’appoint pour le revenu de quelques foyers antsiranais. Ces derniers fournissent toute la région de Sava, Antananarivo, certains districts du Boeny, et même les Comores.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4092 du 28-08-2008