La secousse a été ressentie à travers tous les pays du globe. Les sequelles resteront visibles dans les prochains mois.

Blé, maïs, riz, lait, pâtes… les denrées alimentaires de première nécessité connaissent une flambée des prix ces derniers mois. Spéculation, désorganisation des filières de production, les raisons sont nombreuses. Elles aboutissent à une situation alimentaire de plus en plus critique pour de nombreuses populations défavorisées. Des émeutes de la faim, parfois violentes et mortelles, ont éclaté à travers le monde entier. Retrouvez dans ce dossier un état des lieux, grâce à nos correspondants, nos spécialistes et nos invités.
La hausse des denrées alimentaires pénalise tous les pays, qu’ils soient développés ou en développement, mais risque d’affamer en premier lieu les plus pauvres, que ce soit en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. Cette déferlante mondiale – que le Commissaire européen au développement et à l’action humanitaire Louis Michel n’a pas hésité à qualifier de « tsunami » potentiel pour les Africains – a déjà donné lieu à de nombreuses émeutes de la faim et suscité une mobilisation internationale pour éviter un véritable désastre.
Le tableau brossé par les témoignages de terrain et les informations d’experts de l’ONU est déjà préoccupant. Manifestations violentes en Egypte contre le prix élevé du pain, insécurité alimentaire au Sri Lanka, émeutes en Mauritanie, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso ou au Sénégal. Affrontements violents à Haïti et même, selon la presse locale, meurtres d’enfants qu’on ne pouvait plus nourrir au Pakistan.
Les causes de cette nouvelle crise alimentaire sont multiples selon les experts. Tout d’abord, la demande croissante de puissances émergentes, comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, et de pays comme le Vietnam, qui n’exporte plus son riz mais le consomme. Les mauvaises conditions climatiques, sécheresses ou inondations, aggravent le phénomène y compris chez de grands producteurs comme l’Australie, alors que l’Union européenne a fortement réduit depuis quelques années ses stocks agricoles. Tout comme pour le pétrole, la spéculation financière favorise la hausse des prix alors que la demande accrue de biocarburants pénalise les cultures vivrières.
Augmenter l’investissement agricole dans les infrastructures et la maîtrise de l’eau.
La Banque mondiale estime que plus d’une trentaine de pays en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud risquent de connaître de graves instabilités politiques et sociales, d’autant plus que l’alimentation représente un charge moyenne pouvant aller jusqu’à 70 % des salaires dans les pays en développement, contre 15 % dans les pays développés. Plusieurs Etats tentent des mesures palliatives : subventions des prix des produits alimentaires, diminution ou suppression des droits de douane à l’importation. Parmi les denrées visées figure le riz, dont le prix a presque doublé en quelques jours et qui constitue l’aliment de base dans plusieurs pays de la planète fortement peuplés.
Le premier véritable cri d’alarme a été lancé par le Programme alimentaire mondial (PAM) qui a réclamé, dès le mois de mars 2008, une enveloppe supplémentaire de 500 millions de dollars pour pouvoir continuer à nourrir ses bénéficiaires.

Extrait Midi Madagasikara – Parution N° : 7604 du 13 Août 2008