Vers la réédition « parfaite » de l’histoire !

On célèbrera dans quelques jours le 48è anniversaire de l’indépendance de Madagascar. La fête se dessine dans la rue, sans refléter la difficulté endurée par la population. A défaut des instructions civiques dans l’éducation primaire, l’histoire de Madagascar est sur le point d’être reléguer dans les oubliettes. Quid de la culture et/ou de l’éducation.

Durant la 1ère République de Madagascar, sous la présidence de Philibert Tsiranana, de 1960 à 1972, les Français continuent à exercer une domination sur l’administration et l’armée, ainsi que sur les activités économiques et la vie culturelle. En 1972 cependant, la révolte des étudiants, massivement appuyée par les lycéens et le monde ouvrier de la province de Tananarive aboutit à la chute du régime. Une première crise sévit au sein de la population Malgache.

Le général Ramanantsoa, chef de l’Etat-Major de l’armée se voit confier par la rue les rênes du pouvoir. Mais celui-ci ne réussit pas à affermir son autorité et, confronté à l’aggravation des troubles et au risque d’un éclatement du pays, préfère se retirer au début de 1975 en abandonnant le pouvoir aux mains du colonel Ratsimandrava. « Tsy hiamboho adidy aho Mon Général » déclare ce dernier alors qu’il allait être assassiné au bout d’une semaine, le 11 février 1975.

Au terme d’une instabilité de plusieurs mois, une conjuration militaire place à la tête de l’État le capitaine de corvette Didier Ratsiraka, qui avait en charge le ministère des Affaires Etrangères sous le gouvernement de Ramanantsoa.

Vive le socialisme !

Dès son accès au pouvoir, Ratsiraka proclame sa volonté d’instaurer un régime « révolutionnaire », proche du « bloc socialiste », sous l’égide d’une 2è République.

De nombreux secteurs de l’économie sont ainsi nationalisés et un parti unique, l’AREMA (Avant-garde de la révolution Malgache) domine toute la vie politique avec comme « bible », le « livre rouge ». Découragés, les investisseurs se retirent, entraînant une dégradation rapide de l’activité économique et une aggravation de la paupérisation. Des troubles, chaque fois durement réprimées, éclatent alors un peu partout, achevant de démoraliser la population. Au bout d’une quinzaine d’années de ce régime, Madagascar se retrouve parmi les pays les plus pauvres de la planète. La résistance au régime ne devient véritablement efficace qu’au début des années 90, sous l’impulsion du mouvement Hery Velona (Forces Vives) qui réussit en février 1993 à faire tomber Ratsiraka, après une crise ayant duré presque un an. La population n’a jamais enduré une telle crise.

Le nouveau président, Albert Zafy, procède aussitôt à une libéralisation forcenée de toutes les institutions dans le cadre d’une 3è République. Mais la situation, au lieu de s’améliorer, se dégrade encore davantage. Les investisseurs boudent Madagascar, d’autant plus que le pouvoir même est paralysé par les intrigues entre les clans rivaux dominant le Parlement, sur fond de corruption généralisée. Tout ceci aboutit à la destitution de Zafy par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) le 5 septembre 1996. Une toute première dans les annales d’une nation africaine, un président « empêché » comme on dit, la gestion du pouvoir étant confiée en intérim au Premier ministre Norbert Ratsirahonana.

La reconduction

La nouvelle élection présidentielle du 31 janvier 1997 consacre le retour de Didier Ratsiraka au pouvoir pour cinq ans. En 1998, celui-ci organise un référendum renforçant le pouvoir présidentiel tout en procédant à la mise en place des « provinces autonomes » qui demeurent en fait sous son contrôle direct. Au terme de son mandat, Ratsiraka est de nouveau chassé du pouvoir.

Les Malgaches vont connaître le pire des crises. Pendant des mois, la capitale va être coupée du monde entier. Aucun ravitaillement en provenance des provinces n’a pu y accéder. Le carburant se vend à 15 000 Ar le litre, au lieu de 800 Ar. L’économie est prise en otage par Didier Ratsiraka. L’Amiral quitte la grande île en mi-2002 avec les barons de l’ancien régime et se réfugie en France.

« Croyez tout simplement »

Marc Ravalomanana, déjà élu maire de Tananarive en 1999, est proclamé à la tête de la République de Madagascar malgré des fraudes massives de Ratsiraka. Il aura à prouver son statut de « self made man » durant son premier mandat.

Après avoir lancé la reconstruction de routes et d’une partie des infrastructures du pays, il est réélu lors de l’élection présidentielle du 3 décembre 2006 en gagnant au premier tour avec la majorité absolue devant 13 autres prétendants, et est investi de nouveau président de la République de Madagascar pour un nouveau mandat de 5 ans. En appelant les Malgaches aux urnes pour le 4 avril 2007, le référendum a pour objet principal la suppression des six « provinces autonomes » et l’instauration des « régions » au nombre de 22, dirigé chacune par un chef. Et la mise en place de toutes les structures s’ensuivit. L’objectif est de lutter contre la pauvreté. Marc Ravalomanana est sur le point de mettre en œuvre le MAP (Madagascar Action Plan), devenu la « bible » du régime Un scénario qui donne une impression de « déjà vu », comme si notre histoire allait recommencer. De toutes les façons, qui vivra verra !

Extrait Madagascar Tribune – mardi 24 juin 2008