Devant la fébrilité du marché des hydrocarbures, l’Afrique représente une manne pétrolière. Ainsi les Français sont déjà très présents au Gabon, au Congo Brazzaville et en Angola. Les Américains sont présents surtout en Guinée Equatoriale, en Angola également, au Nigeria et au Tchad. D’autres pays rentrent en scène : le Niger, le Mali et la Mauritanie pour ne citer qu’eux. Pour le moment, l’Afrique qui renferme près de 10 % des réserves mondiales de brut, ne produit que neuf millions de barils/jour, dont près de cinq millions dans le seul Golfe de Guinée. Clairement, ce sont principalement les hydrocarbures qui stimulent la croissance économique afri- caine (plus de 5 % l’an depuis 2000, certains pays affichant même des taux de croissance économique supérieurs à 8 %). « Les pays producteurs d’Afrique généreront entre 2002 et 2019, 350 milliards de dollars de revenus grâce au pétrole, c’est-à-dire plus que le Produit intérieur brut actuel de la Russie et près du PIB total actuel de l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne», peut-on lire dans une étude du Fonds monétaire international de 2005. Cette projection prudente a été faite avec un baril à USD 25 alors qu’il dépasse les USD 130, aujourd’hui.

– Précieux minerais
Les cours des matières premières prennent l’ascenseur. Ce dont peut profiter le continent africain car il dispose d’importants gisements de cuivre, manganèse, cobalt, zinc, platine, fer ou bauxite (la Guinée est, du reste, le 2e pays exportateur de bauxite). Reste que les filières sont, pour le moment, mal organisées, l’industrie de transformation faisant cruellement défaut. Le pari serait de réussir à investir localement dans ce type d’usines afin d’exporter ces matières avec une valeur ajoutée. Les investisseurs étrangers se tournent de plus en plus vers l’Afrique à cause des incertitudes qui secouent le marché mondial. Le montant des investissements directs étrangers (IDE) en Afrique a augmenté de 28 % entre 2002 et 2003, passant de 12 à 15 milliards de dollars. Malgré tout, l’Afrique n’a reçu que 8,7 % du total des IDE en direction des pays en développement,
en 2003. Cela reste peu, même si une progression est notée. Les opportunités sont réelles. Pour l’heure, ce sont principalement les matières premières qui tiennent le haut du pavé.

– Des investisseurs encore trop frileux
Dans un article d’Ernest Harsh dans Afrique Renouveau, l’auteur s’intéresse à « la CNUCED [qui] a mené, avec une dizaine de pays africains, des examens des politiques d’investissement», pour recenser les inquiétudes des investisseurs, mettre en évidence les réformes prioritaires et mieux intégrer investissements et objectifs de développement nationaux. Au Ghana, au Lesotho et en Ouganda, par exemple, ces examens ont fait ressortir l’importance de nouveaux investissements dans les secteurs de l’industrie légère et de l’agroalimentaire, tandis que Maurice, qui s’est déjà imposée dans ces secteurs, s’intéresse aux services financiers à haute valeur ajoutée.
L’Ethiopie cherche à ce que les entreprises locales puissent bénéficier des projets d’investissement étrangers, soit à titre de fournisseurs ou de partenaires. Le Botswana, qui est depuis longtemps relativement attrayant pour les investisseurs étrangers, envisage actuellement de restreindre les IDE dans un certain nombre de secteurs d’activité en vue d’offrir de meilleurs débouchés aux entreprises du secteur privé local. C’est pourquoi les officiels plaident pour un soutien aux initiatives continentales et locales pour assainir le climat d’affaires.
Ainsi, l’investissement privé dans de nouveaux secteurs devrait arriver. Corruption, défaut de paiement, insécurité, instabilité politique sont les principaux points faibles d’une Afrique où de nombreux hommes d’affaires souhaitent, malgré tout, investir.

Par Gilles Ribouet
© La Sentinelle

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4016 du 28-05-2008