Le dimanche 25 mai était célébrée la Journée de l’Afrique. Cette date marque la création de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine. Si l’Afrique garde une image de continent de tous les maux, dans la réalité, il possède des richesses qui ouvrent l’appétit des puissances étrangères.
L’Afrique et ses maux. Crises politiques. Guerres. Corruption. Famines. Calamités naturelles… L’Afrique, c’est aussi des réussites, des avancées démocratiques – parfois mises à mal il est vrai – et des richesses naturelles… que convoitent de nombreux pays. Présents depuis des lustres sur le continent, les Occidentaux doivent, aujourd’hui, subir une rude concurrence venant des puissances émergentes. Notamment de la Chine et de l’Inde. Et le Brésil, dans une moindre mesure. Qu’en est-il de cette présence nouvelle en Afrique ? Sous quelle forme s’exprime-t-elle ? Pourquoi tant d’intérêts ?
Riche en minerais, hydrocarbures et en forêts à exploiter, l’Afrique a la possibilité de répondre, en partie, aux besoins chinois et indiens. En effet, la Chine et l’Inde ont une croissance considérable qu’il leur faut soutenir et leur demande est énorme.
Ainsi, malgré leur présence historique sur le continent, les pays occidentaux se voient concurrencés. Le pré carré est près de voler en éclats. Les amitiés et les liens du passé ne tiennent plus face à une telle générosité venue d’Asie. Les conditions politiques qu’attachent les Occidentaux à leur aide et à leurs programmes de coopération n’arrangent en rien les choses. Les puissances asiatiques l’ont bien compris. La Chine est, d’ailleurs, souvent montrée du doigt pour ses relations diplomatiques avec les « parias » – selon les Occidentaux – de la scène africaine : l’Angola, le Zimbabwe et le Soudan. Cela dit, l’Angola souffre moins aujourd’hui de sa mauvaise image passée. Les nations occidentales et les Chinois courtisent, à grands coups diplomatiques et coûts économiques, le pays d’Eduardo dos Santos.
Les Chinois ont obtenu plusieurs contrats pour la construction de nombreuses infrastructures publiques. La France, elle, cherche « un nouveau partenariat décomplexé » avec l’Angola, selon les propres mots du chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy. Il était en visite éclair à Luanda en fin de semaine dernière. Rappelons que l’Angola Gate (affaire de vente illégale d’armes) avait failli porter un coup sérieux aux relations bilatérales entre les deux pays.
Pétrole et diamants
Bref, l’Afrique attire. De plus en plus. Surtout pour ses matières premières, dans un contexte conjoncturel défavorable. Les gouvernants africains l’ont bien compris. Les concessions à des entreprises étrangères sont un volet que l’on ne peut occulter. A présent, l’objectif est de réussir, pour les Africains, à se sentir moins lésés selon les termes des contrats. Si la manne financière que représente le sous-sol africain est un fait avéré, force est de reconnaître que les sommes considérables qui se dirigent vers le continent et qui ne cessent d’augmenter, ne sont pas équitablement redistribuées. Le développement n’est donc pas total dans la mesure où l’on entend par «développement», une croissance économique et une réduction durable des inégalités sociales et économiques.
L’Angola est l’un des pays africains vers lequel, de plus en plus, se tournent les regards des puissances étrangères, traditionnelles ou émergentes. Le pétrole et les diamants sont les moteurs d’une économie affichant un taux de croissance de 15 % l’an. Or, les inégalités restent criantes. 70 % de la population vivent toujours sous le seuil de pauvreté.
La Guinée Equatoriale de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est devenue l’un des poids lourds de la diplomatie d’Afrique centrale, grâce à ses mirifiques revenus pétroliers et le soutien sans faille des puissances occidentales, dont les Américains. Mais comme en Angola, la population ne reçoit pas les dividendes de la manne pétrolière, même s’il est vrai que le niveau de vie a augmenté et que ce petit Etat affiche un produit national brut par habitant supérieur à USD 6 000 – ce qui ne reflète absolument pas les inégalités.
L’Afrique n’est, pour autant, pas condamnée. Les avancées démocratiques existent. La stabilité, souvent mise à rude épreuve, n’est pas une chimère. Des économies continuent à progresser. Maurice fait, à ce titre, figure d’exception sur la scène africaine. En cela, l’île est rejointe par la Tunisie, le Maroc, le Botswana et les Seychelles. L’Afrique du Sud, malgré de grandes disparités internes, reste le leader de l’économie continentale, suivie par l’Egypte.
Dans un entretien accordé, il y a une dizaine de jours, à l’hebdomadaire français Le Journal du dimanche, Alain Joyandet, le nouveau secrétaire d’Etat à la Coopération, déclare : « Je veux rectifier le tir en ce qui concerne notre développement économique en Afrique. La France ne peut pas seulement être un pays qui se bat pour défendre des valeurs, quand ce sont les autres qui récupèrent les marchés. » C’est que la Françafrique n’est, en fait, toujours pas enterrée et que la France entend ne plus se cantonner à son seul « pré carré ».
Mal-développement
En outre, l’Afrique, en voie de développement, tend à devenir également un marché d’intérêt. Certes, pour le moment, les marchés sont peu solvables compte tenu de la faiblesse du pouvoir d’achat sur le continent. Cependant, les Africains consomment et des produits importés concurrencent grandement des produits locaux. C’est le cas pour l’oignon blanc venu d’Europe qui prend la place de l’oignon rouge africain. Les Chinois également exportent de nombreux produits manufacturés à coûts les plus bas.
Pour autant, l’Afrique est bien le continent le plus pauvre du globe. Son mal-développement tient principalement au défaut de gouvernance que l’on retrouve dans de nombreux Etats. Mais c’est oublier les forces de ce continent qui ne peut que prendre la voie du développement.
L’Afrique regorge de richesses qu’il lui faudra apprendre à exploiter. Les succès du continent sont trop vite occultés par les dérapages qu’il connaît. Malgré les difficultés, l’afro-pessimisme doit être battu en brèche. Sinon, le continent africain continuera à s’enfoncer dans ce trou que lui creuse son propre misérabilisme.

Par Gilles Ribouet
© La Sentinelle

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4016 du 28-05-2008