Je dédie ce texte aux mamans chinoises qui ont perdu leur enfant unique dans le séïsme qui vient de frapper la Chine ; je dédie ce texte  à la Chine, à la Birmanie ;  je dédie ce texte aux enfants de notre guide Aurélien, qui viennent de perdre leur maman ; je dédie ce texte à Vololona, cette jeune femme qui n’a pas pu embarquer ce soir pour aller enterrer son père parce que ses papiers sont valables moins de six mois après le retour…

C’est un jeune enfant qui demande à sa mère :

"Dis, Maman chérie, Maman dans mon coeur, est-elle vraie l’histoire que racontait Grand-Père ?

Est-il vrai que là-haut, devant le Bon Dieu, dans les hauteurs, il y a une coupe ?

Et est-il vrai qu’à tout malheur et qu’à tout chagrin qui nous atteint, alors, des yeux du Bon Dieu, une larme coule dans la coupe aux larmes ?

Et est-il vrai, maman de mon coeur, oui, est-il vrai que lorsque la coupe sera pleine de larmes, alors il viendra, le Royaume de Dieu où il n’y aura que la joie et le bonheur ? Et il n’y aura plus de pleurs ? Dis, maman, est-ce que c’est vrai, dis  Maman ? »

Et la mère dit :

« Oui, c’est vrai, mon enfant, c’est une vérité sainte et juste. »

Et l’enfant se tait. Et dans le silence, il pense.

Puis de nouveau il demande :

« Mais comment se fait-il, Maman, que la coupe aux larmes ne soit pas encore, jusqu’au bord, pleine de larmes ?

Oui, Maman, les larmes qui ont été versées depuis tant d’années, est-ce qu’elles se sont asséchées ?

Ou bien y a-t-il au fond de la coupe un trou, un trou par où s’enfuient les larmes ? »

Et l’enfant vers sa mère a levé ses yeux clairs.

Et la mère alors, le voyant, fut émue jusqu’aux larmes.

Et, comme une perle, aux yeux de la mère, une larme a tremblé.

Et sur les cheveux du petit, cette larme est tombée.

Et sur les boucles de son front, la larme a perlé.

Alors l’enfant redressa la tête, il joignit les mains, il leva vers Dieu ses mains jointes et il dit, comme un cri de détresse et d’appel :

« Ah ! mon Dieu mon Dieu, cette larme aussi, mets-la dans ta coupe, dans ta coupe aux larmes pour que ton règne vienne, pour qu’il vienne enfin et qu’il n’y ait plus de larmes. »

Extrait des PRIERES glanées par Alain HOUZIAUX, texte de Simon FRUG