Les chefs ethniques jouent un rôle important dans la direction morale et spirituelle de la société. Le Betsimisaraka ne déroge pas à cette tradition.
Cela a été une grande fête traditionnelle à Andevoranto. Du 14 au 31 mars, la population de cette petite commune dans le district de Brickaville a vécu dans la plus grande festivité l’intronisation du nouveau Tangalamena, Patrick Zakariasy.
« Nous n’avons pas eu de Tangalamena depuis 20 ans. Ainsi pour nous les Betsimisaraka du Sud, accueillir le nouveau est une grande joie », déclare Gilles Remampy, enseignant d’histoire et lui-même descendant de Tangalamena.
L’intronisation de Patrick Zakariasy a eu lieu le lundi 24 mars, en plein air devant le «Jirondrazana » ou « Fisokina », le grand arbre sacré. Divers représentants des sociétés traditionnelles du pays ont assisté à la cérémonie, entre autres les représentants des Ampanjaka des Antambahoaka, des Antemoro, des Antakarana, des Sakalava du Menabe, ou encore les représentants des Hazomanga antandroy, les descendants d’Alasora, etc…
La présentation du nouveau Tangalamena a été effectuée par cinq autres Tangalamena. Ceux-ci lui ont remis officiellement le tehina, c’est-à-dire la canne de « mpanjakabenitany », un arbre sacré dur comme le fer provenant de Toliara. Enveloppée d’un tissu en soie blanche, cette canne est arrivée à Andovoranto, le vendredi 14 mars. « La canne symbolise l’autorité du Tangalamena » souligne Gilles Remampy.
En effet, Patrick Zakariasy, 39 ans, appartient à la quatrième génération du regroupement des trois tribus Kiritika, Bidihily et Mpanjakalava. Un pacte de solidarité entre les trois clans a été effectué en 1850 à Andevoranto. Depuis, les Tangalamena qui se succèdent sont issus de ces trois tribus.
Pacte
L’accueil du nouveau Tangalamena se prépare dix jours à l’avance, et tous les membres des tribus ont été avisés de la tenue de la cérémonie, parents, jeunes, hommes, femmes ou enfants. Différentes activités sont attribuées à la population les semaines précédant de l’intronisation. Ainsi, les jeunes ont contribué à l’édification du « tranomitso » servant à accueillir tous les visiteurs, le pillage de riz, l’approvisionnement en bois de feu.
La demande de bénédiction doit se faire avec du rhum traditionnel, lors de la grande soirée de « tsimandrimandry», c’est-à-dire le grand bal populaire, une véritable soirée de la célébration de la vie et du plaisir dans tous ses aspects.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 3981 du 15-04-2008