Le prix du carburant décide de monter dans le train de la hausse. C’était hier au moment où personne ne s’y attendait. Voilà en tout cas une nouvelle qui confirme une fois de plus que le pouvoir d’achat traverse un véritable chemin de croix depuis le début de l’année. Les consommateurs subissent là l’énième coup de boutoir contre son maigre portefeuille en seulement trois mois. Les prix du riz, de la viande, de l’eau, de l’électricité, du charbon de bois, des transports, du billet d’avion sont déjà venus le crucifier sans ménagement. Toutefois, en dépit de ces multiples mises à mort, les Malgaches font de la résistance. Et narguent même les prestataires de service à l’origine de ces hausses en continuant de consommer frénétiquement. Cette belle leçon de choses ne s’explique outre mesure que par l’existence d’un « secteur informel » florissant et prospère.

Rapacité

Les Malgaches de ville comme de la campagne vivent généralement avec deux ou trois ressources différentes. Un journaliste peut être à la fois entrepreneur dans le bâtiment ou conseiller en communication dans un ministère ou taximan dans la nuit ou commerçant ou encore consultant ou enseignant ici et là. Pareillement pour un fonctionnaire, pour un policier, pour un employé du privé, un courtier d’assurances… La situation économique actuelle oblige les gens à joindre de cette manière les deux bouts de l’année et non plus du mois. En tout cas, si une affaire piétine ici, une autre peut marcher par là. Le système de compensation faisant le reste. C’est pourquoi, en dépit de la rapacité des prestataires de service dont la plupart sont à capitaux étrangers, les restaurants continueront de se faire remplir, les salles de cinéma d’être combles, les braderies de brasser des milliards, les boîtes de nuit de ne pas désemplir. Qui va l’emporter dans cette bataille entre la cupidité d’un côté et la débrouillardise de l’autre.

Extrait Madagascar Tribune – mercredi 19 mars 2008