La Plaine de Folakara est un passage obligé pour les « dahalo ». Les voleurs de zébus qui marchent de jour comme de nuit pour échapper aux forces de l’ordre ont donné son nom à Tsimiroro «là où on ne se couche jamais».

Ces vastes étendues herbeuses de l’Ouest de Madagascar ont connu régulièrement depuis le début du siècle dernier la fièvre de l’or noir. De nombreuses compagnies pétrolières se sont succédées, sans lendemain dans cette région pour extraire du pétrole. Vers le début des années 80, le Bemolanga a même connu un grand projet pour l’exploitation du schiste bitumineux que contient son sous-sol. Mais à cette époque, le prix de revient pour la production d’un baril était d’environ 50 dollars alors que le prix du baril sur le marché était de 18 à 20 dollars.

Le deuxième choc pétrolier est passé. Le pétrole de la plaine de Folakara a continué à dormir dans ses réserves jusqu’au jour où il y a trois ans de nouvelles prospections ont commencé.

En 2004, l’OMNIS (Office des Mines Nationales et des Industries Stratégiques) décide de s’intéresser de près aux gisements de Tsimiroro. Entre temps, le prix du brent n’a pas cessé de battre des records. L’Office des Mines Nationales et des Industries Stratégiques lance alors un appel d’offres pour l’exploitation du site. Madagascar Oil Ltd signe cette année-là un contrat de partage de production sur 6 blocs on-shore qui s’étendent sur 53.000km². La Compagnie s’organise et débute les travaux d’aménagement du bloc 3104 d’une superficie de 6600km². L’exploitation de l’huile lourde de Tsimiroro est en marche. Il faut d’abord réhabiliter la piste qui relie la future plate forme à Maintirano. Les 157km de cet axe sont confiés à une entreprise chinoise et à la Colas. La société française qui a aussi assuré le terrassement de l’emprise du chantier et la construction de la piste pour les avions.En juin dernier, l’accès au site est ouvert. Le transport des matériels commence. En Août, les machines d’extraction peuvent être installées. Depuis le pompage de l’huile lourde a pu commencer. Pour faciliter l’extraction, on utilise de la vapeur d’eau pour réchauffer l’huile lourde emprisonnée dans le sous-sol. Le procédé consiste à injecter de la vapeur d’eau dans les puits de forage avec un « steamer » pour rendre l’huile lourde plus visqueuse.

Des échantillons ont été extraits et envoyés à Huston au Texas pour être analysés. Fin août, quatre puits étaient déjà forés. L’huile lourde se trouve entre 150 et 300 mètres de profondeur. Une fois les essais de pompage effectués, les puits seront systématiquement bouchés avec du ciment thermique pour éviter les infiltrations qui risquent de détériorer la qualité de l’huile lourde. Quelques barils d’huile bitumineuse sont déjà sortis du puits de pétrole.

Une centaine de personne dont moins d’une vingtaine d’étrangers travaillent de jour comme de nuit sur le site de Tsimiroro depuis au moins deux ans. La vie s’organise au mieux sur le chantier. Une dizaine de tentes semi-circulaires sont alignées sur le côté gauche de l’allée principale et abritent les dortoirs. A proximité se trouve un chapiteau qui fait fonction de réfectoire pouvant contenir aisément une centaine de personnes. Juste à côté, un autre chapiteau sert de salle de réunion. Le bloc des bureaux lui est un peu à l’écart. Ces locaux renferment notamment les données relatives aux prélèvements. Le camp est également équipé d’une antenne. Le site n’est joignable que par voie satellitaire.

Tout est prêt pour la phase d’exploitation. Une perspective qui n’est jamais évoquée devant les visiteurs. Ici les informations sont confidentielles. Rien ne doit transpirer sur l’état des recherches et sur les développements futurs de l’exploitation. Ce qui n’empêche pas l’OMNIS de communiquer depuis la capitale sur le début imminent des pompages. Sur place on est plus prudent estimant que les 1000 barils jours sont peut-être exagérés, du moins pour le moment.

Cela dit, le chantier a déjà englouti une bonne partie des 60 millions de dollars de la première enveloppe des investissements. La rallonge devrait arriver rapidement à condition que des questions soient clarifiées sur la part de l’Etat dans le «deal», la destination finale du produit ou encore l’éventualité de la construction d’un port pétrolier et d’une raffinerie locale. Le compte à rebours de l’exploitation du champ pétrolier n’a jamais été aussi proche.

En attendant, la manne de l’or noir, le pétrole de Tsimiroro a déjà changé bien des choses dans cette région de l’Ouest profond de Madagascar. Alijaona Tiana, le Chef de la Région du Melaky, mesure dès maintenant les impacts positifs pour le développement régional.
«L’exploitation de ce gisement pétrolifère relance l’intérêt économique du Melaky. Notre région qui possède beaucoup de richesses qui n’attendent plus que des opérateurs économiques pour les valoriser. Le désenclavement qui a empêché le développement de la région depuis plusieurs décennies n’est plus aujourd’hui qu’un mauvais souvenir».

Mais plus concrètement, le Chef de Région note « déjà un changement dans le calendrier cultural de certains agriculteurs ». En effet, les semences de légumes qui sont rares dans la région font leur apparition dans le Melaky depuis l’installation de Madagascar Oil.

Lexiques:
Baril: unité de mesure des volumes de pétrole. 1 baril = 159 litres; 1 tonne = 7,3 barils. 1 baril/jour = 50 tonnes /an
Bitume: pétrole brut très lourd consistant en un mélange naturellement visqueux, principalement composé d’hydrocarbures plus lourds que le pentane, qui peut contenir des composés sulfurés et d’autres minéraux, et qui ne peut, en son état visqueux naturel être récupéré dans un puits à un tarif commercial.
Brent: nom d’un gisement de pétrole situé en mer du Nord. Par extension, c’est devenu le pétrole de référence en Europe – Méditerranée – Afrique.
Brut: il s’agit du pétrole extrait des gisements qui doit ensuite être raffiné. Les bruts les plus recherchés, et donc les plus légers (comme le Brent, l’arabian light saoudien, le West Texas Intermediate aux Etats-Unis).
Forage: ensemble des opérations qui consistent à pénétrer dans le sous-sol habituellement pour l’extraction de fluides tels que du gaz ou du pétrole.
Gisement: un réservoir souterrain naturel qui contient, ou semble contenir une accumulation d’huile ou de gaz.
Millions de barils/jour (Mb/j): la production d’un pays se mesure en millions de barils par jour. 1 million de barils/jour équivaut à 50 millions de tonnes/an.
Offshore: il s’agit de la production de pétrole en mer. Certains pays – comme la Norvège ou l’Angola – n’ont du pétrole qu’en offshore, par opposition à ceux dont la production se fait onshore.

Source : Enjeux Challenger N°09 – 3ème Trimetsre 2007