33% des touristes sexuels « occasionnels » sont des quadragénaires

Nosy Be est le plus visible, mais le problème est plus présent qu’on ne le croit dans de nombreuses autres villes de Madagascar. La problématique du tourisme sexuel mettant en cause des enfants implique, en effet, non seulement les touristes étrangers, mais également les nationaux qui constituent, en fait, la majorité des « vahiny »  (à associer avec le nom originaire de la localité) qui ont des relations sexuelles avec des enfants contre de l’argent ou autre rémunération en nature.

Ainsi, à titre d’exemple, un Malgache habitant Antananarivo qui part en vacances dans une autre région, et qui profite de son séjour pour avoir des relations sexuelles avec un mineur en échange d’une somme d’argent ou autre, sera un touriste sexuel au même titre que le « vazaha » qui se livrera aux mêmes activités sexuelles quelque part dans un lieu touristique malgache.

Inquiétant

Le tourisme sexuel est ainsi une réalité bel et bien présente à Madagascar et son développement est inquiétant, d’après la Plate-Forme de la Société Civile pour l’Enfance (PFSCE). En réunissant la presse, hier, la PFSCE dont plusieurs ONG oeuvrant dans le domaine de l’enfance (Groupe Développement, Terre des Hommes, Manaode, ATD Quart Monde…) a mis le doigt sur un problème longtemps resté tabou mais qui commence, cependant, à devenir une préoccupation sérieuse dans le pays.

Occasionnels 

Sur une échelle plus globale, des études menées sur le tourisme sexuel au niveau mondial, révèlent dans des analyses communiquées par la PFSCE, que les touristes sexuels « occasionnels » sont  les plus nombreux. Ces derniers passent à l’acte dans une situation spécifique et n’ont pas vraiment de préférences sexuelles pour les enfants. Ils n’organisent donc pas leur déplacement dans l’intention d’abuser d’un enfant. « Désinhibés, ils profitent des vacances ou d’un voyage d’affaires pour s’adonner à des relations sexuelles avec des enfants. Ce sont « monsieur et madame tout le monde » qui se laissent tenter et passent à l’acte. Ils sont majoritaires et 33% d’entre eux ont entre 40 et 50 ans. Ils viennent généralement des pays occidentaux, mais aussi du Japon, de la Corée, de l’île Maurice, de la Réunion, de l’Inde ou du Pakistan ».  Les touristes ayant une déviance sexuelle telle la pédophilie sont minoritaires. Pour certains d’entre eux, la pratique de leur déviance est ponctuelle tandis que d’autres fréquentent régulièrement les pays où ils peuvent facilement trouver des enfants.  

En pleine croissance

Madagascar, bien que peu touché par des trafics transnationaux, reste un lieu où la prostitution des enfants et leur exploitation sexuelle dans le tourisme sont en pleine croissance. « La quête du mariage avec un étranger est devenue dans les régions touristiques, la préoccupation principale des jeunes filles. Souvent peu informées et victimes d’un manque d’éducation, elles idéalisent l’étranger et leurs relations sexuelles dérivent progressivement vers une forme de prostitution », explique la PFSCE. Ici entre également en compte le rôle des parents qui, d’après les réalités constatées sur le terrain, « encouragent » leurs enfants à rechercher des relations sexuelles avec des touristes contre de l’argent. Pour toutes des catégories de personnes impliquées dans l’exploitation sexuelle des enfants dans le tourisme, des actions ont déjà été menées ou sont en cours d’étude en vue de leur prochaine concrétisation, par l’ONG Groupe Développement. Cellule d’écoute, centre d’accueil et de prise en charge des jeunes filles impliquées dans la prostitution, établissement d’une charte éthique pour des chauffeurs guides, etc… Au niveau national, l’Etat s’implique de plus en plus sérieusement dans l’éradication de cette forme d’exploitation des enfants. Tout récemment encore, le Président de la République a publiquement annoncé des mesures punissant sévèrement les touristes sexuels abusant des enfants malgaches.

Extrait Midi Madagasikara – Jeudi 15 novembre 2007