Mince bande de terre tutoyant l’Est de Madagascar, l’île de Sainte-Marie a tout pour devenir une destination touristique de premier plan.

Entre ses plages de sable blanc, ses dédales de mangroves, son festival de baleines et surtout son hôtellerie haut de gamme, elle est désormais très prisée des tour-opérateurs. Pour les Saint-Mariens, le défi consiste maintenant à développer leur île sans lui faire perdre son âme.

Récupérer une partie de la clientèle mauricienne
Aujourd’hui, les derniers chiffres font état de soixante-sept hôtels, sans compter les chambres à louer chez l’habitant et surtout les projets de nouvelles installations qui s’accumulent sur le bureau du maire de Sainte-Marie, Désiré Tsivatou. Car plus que jamais, Sainte-Marie est en train de devenir une destination touristique de premier plan. L’objectif déclaré des hôteliers et de la compagnie Air Madagascar qui assure la liaison aérienne est de séduire une clientèle de plus en plus "haut de gamme" à l’image des hôtels de luxe qui s’y sont multipliés.
"A l’avenir, avec l’arrivée de charters sur Maurice, il s’agit pour nous de récupérer une partie de cette clientèle pour la faire venir à Madagascar", indique Nicolas Charlet, responsable d’Air Madagascar à la Réunion.
"Et pour cause, les groupes hôteliers et particuliers qui investissent ici se posent de plus en plus en concurrents directs de leurs homologues mauriciens, guettés par la saturation, en misant sur une qualité d’accueil équivalente pour une addition plus abordable. "

Nouveaux touristes
Essentiellement européenne jusqu’ici, la clientèle tentée par la destination Sainte-Marie se compose également de plus en plus de Sud-africains depuis l’ouverture d’une ligne directe entre Johannesburg et Antananarivo et dans une moindre mesure de Réunionnais.

Face à ces nouveaux touristes en attente de service haut de gamme, les hôteliers ont dû s’adapter.

Pression et préservation de l’environnement
Mais Sainte-Marie n’est pas Maurice et beaucoup pensent déjà qu’il serait très dommageable pour l’équilibre de l’île à court terme d’y favoriser un tourisme de masse au risque de générer de profondes transformations tant dans le paysage même de l’île qu’au sein de la société Saint-Marienne qui vit toujours dans une similaire pauvreté. Et le commencement pour sauvegarder l’intégrité de l’île est avant tout écologique.

Celle-ci possède en effet un véritable jardin tropical constitué par des forêts vierges concentrées sur un tiers de son territoire, essentiellement dans le centre de l’île et qui abritent une faune et une flore aussi riches qu’endémiques dont font partie certaines espèces de lémuriens et une orchidée unique au monde. La sauvegarde du patrimoine écologique de Sainte-Marie représente un véritable défi que l’île doit relever face au développement hôtelier qui a déjà commencé à changer les mentalités et les habitudes de vie au sein de la population.

En effet, malgré les mesures prises pour la préservation de cet environnement, le tourisme se développe tellement qu’il peut y avoir de risque sur l’environnement. La maire, Désiré Tsivatou, se veut plus rassurant, rappelant les efforts entrepris pour ne pas endommager la nature.
"Les gros bâtiments ne sont pas acceptés et les hôtels doivent respecter des critères stricts comme par exemple utiliser des matériaux locaux notamment les feuilles de ravinala pour les toitures pour se fondre dans le paysage", souligne-t-il.

Et effectivement, la majorité des structures hôtelières jouent le jeu mais la pression touristique pourrait bien avoir raison de ces principes.

Et comme l’indique lui-même le maire, "il n’y a pas encore assez d’hôtels, le développement doit se faire maintenant vers le Nord de l’île où il y a encore beaucoup de place". C’est aussi l’endroit le plus reculé de Sainte-Marie où les habitants, environ neuf mille, vivent encore de façon traditionnelle.

En attendant le développement complet de l’île avec les conséquences que cela implique, les voyageurs en quête d’exotisme et de tranquillité ont déjà un paradis qui les attend, et ce à peine deux heures d’avion de la Réunion.

Extrait Le Quotidien de Madagascar – 17-07-2007