La ville Haute : l’âme d’une ville

Depuis sa fondation sur la colline d’Analamanga, Antananarivo n’a cessé d’évoluer. Il était, tour à tour, capitale du Royaume Merina, du Royaume de Madagascar, de la Colonie de Madagascar et enfin de la République malgache. Sa transformation s’est faite à l’aune des différentes influences sociales, économiques, politiques et culturelles du pays. A l’heure actuelle, c’est la partie haute de la ville qui incarne ce long passé d’Antananarivo. C’est là que la plupart des monuments historiques qui témoignent de sa riche histoire sont localisés.

 Le Palais de la Reine (Anatirova)
    L’image d’Antananarivo a été longtemps dominée par ce Palais qui matérialise l’entrée de l’influence européenne à Madagascar. Malheureusement, il n’en reste plus qu’une ruine surmontée des grues métalliques après son grave incendie en 1995. A l’origine, le palais était construit en bois par Jean Laborde pour la Reine Ranavalona I. Ce génie gascon, naufragé des côtes malgaches, a même su y acheminer l’eau courante par un système ingénieux d’aqueducs. Plus tard, l’architecte anglais James Cameroun l’a entouré d’une construction en pierre. A côté de cette grande bâtisse, devenue entre temps musée, existe sept autre bâtiments. Le « Tranovola », au Nord-Ouest, construit par Legros. C’était un édifice en bois décoré de dessins incrustés d’argent et de clochettes argentées. Devant, on trouve le « Fitomiandalana » où reposent les restes mortels des souverains transférés par Gallieni. Au Sud, on trouve la demeure en bois d’Andrianjaka. En 1866, Pool construit pour Rasoherina « Manampisoa ». Dans la partie orientale de Manjakamiadana se trouve « Mahitsielafanjaka », une case traditionnelle en bois. Enfin on y trouve l’Eglise du palais construit par William Pool en 1870, à la demande de Ranavalona II. On y a célébré la messe officielle lors de l’accession de Madagascar à l’indépendance en 1960.
    Non loin du Palais de Justice se trouve le Palais du Premier ministre. Détruit par les flammes en 1976 et reconstruit en 1985. C’était le siège du Gouvernement du temps de Tsiranana. Et il était le théâtre des grands procès du temps de la VVS et du MDRM. Sur la descente, on trouve le Palais de la Justice, construit comme un temple romain avec ses colonnes doriques, symboles de la maîtrise des techniques de construction à l’époque.

Vue exceptionnelle
    La haute-ville surplombe Antananarivo. La vue est y exceptionnelle et notamment celle qui est en direction de la grande plaine entourant la cité. En y marchant, on se croit visiter un musée à ciel ouvert. La quasi-totalité des différents types d’habitats y est présente. On y trouve encore les maisons traditionnelles en bois « trano kotona », battues sur de la terre rouge pour conserver la chaleur notamment en hiver. L’exemple parfait est les deux jolies demeures d’Antsahatsiroa dont la date de construction remonte à plus d’un siècle. Et comme toutes les habitations anciennes, elles sont orientées nord-sud avec une ouverture à l’ouest. Certaines de ces demeures comportent de jolies vérandas introduites dans la ville vers le milieu du XIXe siècles par les Européens. Les « trano gasy », maison en brique cuite, y sont également nombreuses. Calquées sur les constructions rurales anglaises de l’ère victorienne, « cottage », elles symbolisent cette douceur de vivre à la malgache. En forme de T ou H, ces « trano sokera » ( de l’anglais scare) comportent un ou deux étages. Malheureusement, certaines sont en état de ruine par manque d’entretiens. Mais d’autres sont encore debout et témoignent des fastes d’antan comme celle de la famille Ramahatra. Du côté d’Andohalo, le paysage est tout aussi magnifique. A côté du jardin se lève le grand cathédrale catholique qui surplombe Mahamasina. On peut y admirer la Maison Jean Laborde dans un style exceptionnel et inédit. Elle est entièrement construite en bois et abritent actuellement des services liés à la représentation diplomatique française. La haute-ville est serpentée des petites ruelles dont le calme rivalise avec la beauté des lieux. En pavé ou récemment goudronné, c’est l’endroit idéal pour se ressourcer. La première rue construite dans le pays s’y trouve et reliant Anatirova au palais du Premier ministre. A l’abri du brouhahas qui règne dans la grande métropole, la Haute-ville semble conserver une certaine nostalgie du passé. En y passant, on dira qu’un jour tout s’est arrêté, que le présent se conjugue toujours au passé…

 Andohalo : du Lycée à la Cathédrale
    Le Lycée Gallieni a été construit sous la direction de l’architecte et homme politique malgache Razafy-Andriamihaingo. A l’origine, il était réservé uniquement aux enfants des citoyens français qu’ils soient d’origine malgache ou métropolitaine. Seuls les garçons le fréquentaient. Quant aux filles, leurs lycées se trouvent du côté de Faravohitra. Maintes fois, il a changé de nom : Lycée Comorien, Lycée Condorcet, Lycée Gallieni et enfin Lycée Andohalo. C’est dans son amphithéâtre que la Première République malgache a été proclamée en 1958. En contre-bas de cet établissement prestigieux se trouve la cathédrale catholique d’Andohalo. Réplique de Notre-Dame de Paris, elle a été construite en 1873 par le Père Taix. Comportant deux tours, son architecture se singularise par un style ogival sobre.
    Elle a remplacé l’ancienne chapelle en bois édifiée par les missionnaires catholiques français arrivés à Madagascar à la mort de Ranavalona Ière, marquant la fin de la persécution des chrétiens. La première pose des pierres y était faite le 8 Mai 1873. Inaugurée vers la fin de l’année 1890, elle a bénéficié de l’appui indirect de la Reine Ranavalona III et du Premier Ministre Rainilaiarivony, convertis au christianisme en 1869. Et lors de la béatification de Victoire Rasoamanarivo en 1989 et le passage du Pape Jean-Paul II, un autre édifice a été construit devant la cathédrale. Les restes de la Bienheureuse y ont été, entre temps, transférés. Et actuellement, il devient un lieu de pèlerinage plébiscité par les croyants catholiques. De la cathédrale, on peut rallier Mahamasina par un long escalier dit « Tsiafakantitra » très prisé par les amateurs de jogging matinal.

Extrait Madagascar Tribune – N° 5553 : Mercredi 09 Mai 2007