Entre la réalité et l’histoire, tout semble flou !

Beaucoup a été dit concernant la valeur culturelle malgache et ce qui s’ensuit. Par contre, la culture des gens « cultivés », faite de signes distinctifs qui opposent les êtres cultivés aux êtres incultes, est un sujet qui doit suivre l’évolution et doit faire rapport à l’histoire.
    L’équation suivante subsiste t-elle toujours ?
    Culture égale niveau d’éducation : l’éducation, celle puisée à l’école, comme celle héritée et apprise dans les familles, fait partie de la culture mais celle-ci ne se réduit pas à elle.
    Souvent, on fait référence à ce qui est le plus visible et le plus audible quand on parle de culture.  Les chansons nées des rythmes et mélodies des terroirs et des villes pour faire danser les jeunes. Ce qui révèle un marché de la musique de variétés et du folklore. Cette musique est partie intégrante de la culture mais, contrairement à ce qui semble évident pour beaucoup chez nous, la culture ne se réduit pas à elle.
    La culture par définition
    Voyons la définition devenue classique donnée en 1871 par l’anthropologue anglais Tylor de la culture et de la civilisation. L’un et l’autre terme étant chez lui interchangeables : la culture c’est « ce tout complexe qui inclut les connaissances, la foi, l’art, la morale, la loi, les coutumes ainsi que toutes les autres facultés et habitudes acquises par l’homme en tant que membre d’une société, bref l’élément appris des comportements humains ». La culture est alors définie comme le « capital idéel et matériel d’une société donnée ».
    Toute une gamme de culture qui « transforme »
    La culture qui s’hérite, modèle mais sur laquelle l’on peut agir, oriente, sanctionne, récompense, et transforme. La culture est une partie intégrante de chaque individu, porteur et créateur de culture à la fois. La culture qui assigne un sens aux êtres et aux choses, aux éléments, du visible comme de l’invisible, la culture qui pense le réel. La culture qui unit et différencie. La culture comme traversée par l’histoire, en perpétuel changement, tout en restant apparemment elle-même, constituée de noyaux forts qui structurent les autres éléments qui la constituent. La culture qui s’adjoint les uns et les autres apports et les remodèle à sa manière, avec parfois le risque d’en mourir un peu. La culture incluant des attributs de classe, la culture non monolithique. Des contradictions dans les valeurs de la culture traduisant les représentations des diverses forces sociales. Culture dominante, éventuellement sous-cultures. La culture : ses points forts, qui structurent, et ses points faibles, qui divisent.
    Une culture malgache, des cultures malgaches ?
    Il est clair que malgache et Madagascar riment avec l’unité et de la diversité de la culture. Cette question trouve généralement, au mépris de toute évidence, son fondement dans le traitement de la question dite ethnique.
    L’ethnie suppose une communauté linguistique et culturelle, et une homogénéité du territoire géographique et, surtout, la conscience de cette homogénéité culturelle, quand bien même celle-ci serait imparfaite, les variantes dialectales différentes d’une « province » à l’autre, ou les cultes religieux». Alors le concept d’ethnie ne peut s’appliquer à la réalité malgache : alors qu’il est comptabilisé 18 ethnies, l’unité linguistique et, de façon globale, culturelle, caractérise Madagascar. Pourquoi s’accrocher aux ethnies, au mépris de tout regard scientifique ? Il faut parler plutôt du peuple malgache.
    Il reste que Madagascar, véritable laboratoire où ressemblances et dissemblances se créent et se fondent sur la base d’une langue commune, doit être un formidable champ de recherche reliant des réseaux solidaires à la recherche tout simplement d’une réalité multiforme et passionnante, pour la construction toujours à faire d’un ensemble humain viable et non au service de petites ambitions politiques.

Etrait Madagascar Tribune – N° 5489 : Samedi 17 Février 2007