Je vous aime.                                              – Et comment m’aimez-vous ?

Je vous aime comme l’argent.                        – Alors vous ne m’aimez pas ! Si vous avez faim, vous m’échangerez pour ce qui se mange.

Je vous aime.                                             – Et comment m’aimez-vous ?

Je vous aime comme le tabac.                       – Alors vous ne m’aimez pas ! Votre amour suit votre salive.

Je vous aime.                                             – Et comment m’aimez-vous ?

Je vous aime comme le tissu du raphia.        – Alors vous ne m’aimez pas ! Trois fois on le revêt et pourtant il s’échappe.

Je vous aime.                                             – Et comment m’aimez-vous ?

Je vous aime comme le lambamena*.              – Alors vous ne m’aimez pas ! Nous mourrons avant de nous rencontrer.

Je vous aime. 

Je vous aime comme la voatavo**,

Fraîche, je vous mange

Sèche, je fais de vous une tasse

Cassée, je fais de vous un chevalet de valiha,***

Je jouerai légèrement au bord des routes

Tous ceux qui passent l’entendent.

                        – C’est maintenant que vous m’aimez tout à fait.

Traduction de Jean Paulhan, "Les hain-teny" merinas, 1913.

* tissu précieux de soie naturelle utilisé comme linceul

** citrouille

*** instrument traditionnel de musique malgache